Rencontre avec Nicky, la fondatrice de Troo | Musablog – Musacé

Suisse : Livraison gratuite – Commandes pour Noël jusqu’au 17 décembre

"J’ai vite oublié les refus parce que la beauté d’un projet réussi efface tout le reste" : rencontre avec la fondatrice de Troo

Nicky est la fondatrice de Troo, un e-shop suisse regroupant des marques de mode éco-responsables. Partie du milieu bancaire, cette sud-africaine d’origine, nous raconte son arrivée par hasard dans celui de la mode suisse. 

Découvrez l’histoire de cette entrepreneuse, passionnée de mode et de développement durable, qui partage avec nous ses conseils, ses challenges, son quotidien d’entrepreneuse ainsi que ses projets avec Troo.

Peux-tu nous expliquer comment t’est venue l’idée de fonder Troo ?

Je travaillais en finance d’entreprise dans une banque à Zurich, puis j’ai quitté mon travail en 2016 pour m’occuper de mes deux enfants avant qu’ils n’entrent à l’école maternelle. Le but était de faire une pause d’un an, et de reprendre mon travail après. Mais je n’ai finalement jamais remis les pieds dans une banque !

A ce moment-là, ma grand-mère vivait chez moi et me donnait de nombreux magazines d’Afrique du Sud à lire. J’avais malheureusement rarement le temps de les lire. Mais un jour j’ai pris le temps de feuilleter un magazine et je suis tombée sur un tout petit article qui a attiré mon attention. Il s’agissait d’un article sur Megan, la fondatrice de Nette Rose, une jeune marque de lingerie faite à partir de tissus de fins de stocks en Afrique du Sud. Je suis immédiatement tombée amoureuse de la marque et du concept. J’ai donc décidé d’envoyer un email à Megan, qui m’a répondu deux jours plus tard à ma plus grande surprise !

J’ai finalement rencontré Megan, qui était encore étudiante, lors d’un de mes séjours en Afrique du Sud. Le contact est tout de suite passé et elle a décidé de me donner l’opportunité de lancer Nette Rose en Europe, alors qu’elle s’occuperait de l’Afrique du Sud.

C’est ainsi que j’ai lancé Troo en juillet 2016, d’abord en tant que branche de Nette Rose en Europe, puis j’ai élargi un peu le concept. Aujourd’hui Troo est un e-shop où on peut retrouver de la lingerie en dentelle de Nette Rose, de la lingerie en Tencel de Back to Basics et des vêtements de Morena Isabel.

Comment choisis-tu les marques que tu vends chez Troo ?

Rien n’est vraiment calculé, ce sont plutôt des coups de cœur, nés de belles rencontres. Par exemple, Morena m’a un jour contactée car elle voulait vendre quelques pièces Nette Rose dans son atelier à Zurich. Nous nous sommes tout de suite très bien entendues, et en échange j’ai pu mettre ses créations en vente sur Troo. A la suite de cela, nous avons décidé de créer ensemble la marque Back to Basics avec une collection de lingerie que nous dessinons ensemble, faite à partir de tissus de fins de stocks en Suisse.

Toutes les marques proposées chez Troo ont les mêmes valeurs de dévouement et de passion. Nous entretenons de très bonnes relations avec elles, et avons beaucoup de respect et de confiance envers elles.

Elles ont également toutes une démarche éco-responsable. Cela est très important pour moi. J’ai été élevée par des parents qui faisaient attention à notre planète, n’achetaient pas tous les derniers vêtements à la mode, et accordaient de l’importance à réparer les vêtements et objets cassés. Les marques agissent toutes à leur échelle pour la planète. Nette Rose utilise de la dentelle recyclée, Morena Isabel coud ses vêtements dans son atelier à Zurich à partir de coton bio, et Back to Basics utilise du Tencel de fins de stocks suisses.

As-tu toujours voulu être entrepreneuse ?

Non, c’était plutôt le destin. Je ne me suis jamais considérée comme créative, comme quoi, parfois on se colle des étiquettes soi-même. Je ne pensais jamais en être capable, mais maintenant je suis fière du chemin parcouru et je ne pourrais jamais revenir à ma vie d’avant.

Est-ce que c’est facile de lancer son entreprise dans un pays étranger ?

J’ai fondé mon entreprise individuelle ici en Suisse et c’était très simple et rapide. Quand j’ai commencé, je ne parlais pas bien allemand mais j’ai trouvé qu’il était très facile de communiquer en anglais. Je ne connaissais pas grand monde mais j’ai tenté ma chance et j’ai envoyé des emails, qui ont mené à des rencontres et parfois à des beaux projets. Très souvent, ça ne marche pas, mais j’ai vite oublié les refus parce que la beauté d’un projet réussi efface tout le reste.

De qui se compose l’équipe de Troo aujourd’hui ?

L’équipe se compose de ma sœur Steff, de Rebecca qui nous aide parfois, et de moi-même. Et c’est tout ! Sinon, du côté de Nette Rose en Afrique du Sud, l’équipe est également très petite. Megan s’occupe des designs, deux personnes du service client, et quinze couturières se chargent de la production.

Nous sommes une petite équipe, comme une famille et nous souhaitons rester comme cela. Nous ne sommes pas intéressées par la production de masse. Nous voulons garder le contact avec les clients et continuer de tout faire de A à Z, sans externaliser. Mais ce n’est pas toujours facile de trouver le juste milieu dans un monde où il faut toujours vendre plus et faire toujours plus de chiffre d’affaires.

Quel a été ton plus grand challenge en lançant Troo ?

J’ai eu deux grands challenges en lançant Troo. Le premier a été le problème des douanes. La Suisse ne faisant pas partie de l’Union Européenne, il était très difficile (et cher) d’exporter en dehors de la Suisse. Après avoir vu de nombreux experts, pas toujours compétents, nous avons décidé de louer un petit local à Constance en Allemagne pour envoyer nos produits sans encombre vers l’Europe. C’était la meilleure décision que nous avons pu prendre !

Le second challenge était tout simplement de trouver des personnes qui achèteraient chez Troo. Il y a tellement de choix en ligne qu’il est difficile de se faire connaître, et surtout avec un petit budget. Nous avons commis quelques erreurs en choisissant des influenceuses qui étaient plus suivies pour leur physique que leurs convictions. Mais c’est en faisant des erreurs que l’on apprend, n’est-ce pas ?

Quel est le meilleur conseil que tu pourrais donner à quelqu’un qui voudrait lancer sa propre entreprise ?

Je pense déjà qu’il faut être convaincu à 100% par son produit parce qu’il va falloir vivre avec 24h/24. Mon premier conseil serait de ne pas abandonner au moindre obstacle. Nous avons eu des mois difficiles mais nous avons toujours persévéré, et ça a fini par payer. Parfois on a fait des erreurs, mais ça ne nous a pas découragées.

Mon second conseil serait d’essayer tout ce que vous pouvez. Parfois vous allez réussir, mais encore plus souvent vous n’aurez pas le résultat escompté. Mais au final, vous aurez essayé et vous n’aurez pas de regrets. Travaillez sans compter vos heures, mais n’oubliez pas qu’il y a aussi toujours une part de chance.

Lire aussi l'interview avec les deux fondatrices de kaio swim : "Il n'y a pas de guide tout fait pour lancer son entreprise".

Qu’est-ce que tu aimes le plus et le moins dans ta vie d’entrepreneuse ?

Ce que je préfère c’est la liberté. Quand j’ai une idée, je peux la mettre directement en place. Je n’ai pas besoin de demander l’autorisation ou de faire des compromis. J’apprends tous les jours, et si un jour l’aventure Troo s’arrête, je ne regretterai rien parce que j’ai tellement appris. J’en suis très reconnaissante.

Le principal point négatif de l’entrepreneuriat est que l’on n’arrête jamais vraiment de travailler. Vous pensez, mangez et vivez avec votre projet, quotidiennement. C’est un travail à plein temps, avec beaucoup de responsabilités. L’aspect financier est aussi effrayant parce qu’on ne peut pas compter sur un chèque à la fin du mois. Il y a beaucoup d’incertitudes.

On entend souvent que la première année est la plus difficile, comment cela s’est-il passé pour toi ?

La première année était difficile mais palpitante. Je n’avais aucune attente, et je ne m’étais fixé aucun objectif à atteindre. J’attendais de voir ce qui allait se passer. Pour moi, la deuxième année a été la plus difficile parce que j’ai commencé à me poser des questions sur tout. Pourquoi je ne grandis pas plus vite ? Est-ce que ça vaut le coup financièrement ? Je commençais à m’inquiéter mais j’ai continué, et heureusement ! Je pense qu’à partir de la troisième année, on peut commencer à s’inquiéter si votre entreprise ne grandit pas comme vous le voulez.

Lire aussi l'interview avec la fondatrice de Thoughts of September : "Je vois davantage les solutions que le problème en lui-même".

Est-ce qu’il y a eu un moment où la notoriété et les ventes de Troo se sont accélérées ?

Oui, nous avons eu un pic de croissance grâce à une influenceuse. Je l’avais contactée et par chance elle m’a répondu quelques jours plus tard. Je n’y croyais pas ! Je l’ai donc rencontrée et on s’est tout de suite bien entendues. Elle a adoré les produits, tout comme sa communauté.

Mis à part cette grande opportunité, nous grandissons graduellement, avec quelques petits pics quand nous faisons des collaborations qui fonctionnent. Le confinement a aussi été bénéfique pour nous car les gens ont fait beaucoup plus de shopping en ligne, et nous avons aussi beaucoup de clients qui reviennent, ce qui nous rend très heureuses !

Troo a commencé en ligne, mais vous êtes maintenant aussi présents dans des magasins. Lequel de ces deux canaux de vente préfères-tu ?

Vendre en ligne est financièrement plus intéressant mais les clients aiment beaucoup essayer en magasin avant d’acheter. Je pense donc que les deux sont complémentaires. Nous vendons environ 60% en ligne et 40% en magasin.

Quels sont vos outils de communication pour vous faire connaître ?

Nous utilisons majoritairement Instagram, à travers notre compte et des influenceuses qui travaillent avec nous. Nous ne faisons pas de publicités payantes sur les réseaux sociaux ou sur Google. Je trouve qu’Instagram est une excellente plateforme pour se faire connaître même si parfois j’en veux à l’algorithme (rires).

Peux-tu nous donner un conseil pour réussir sur Instagram ?

Mon conseil serait de créer un joli contenu. Les gens achètent beaucoup plus quand les photos sont belles. Je pense qu’investir dans de bonnes photos est essentiel.

Pour finir, quels sont les projets futurs de Troo ?

Notre projet est de réussir à être présent dans quelques magasins supplémentaires en Suisse, mais autrement, je suis très satisfaite de la tournure de Troo et j’aimerais juste que tout continue comme cela.

 

Découvrez les produits Troo des marques Nette Rose, Morena Isabel et Back to Basics sur le site internet troo.ch.

Si le concept vous a plu, n’hésitez pas à nous suivre sur Instagram @musacevintage. Dites-nous en commentaires l’entrepreneuse que vous aimeriez découvrir dans le prochain article.

Laisser un commentaire